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Samah LABIDI, praticienne en psychologie et psychothérapie à Toulon
Bien-être

Pourquoi je pense toujours au pire, même quand tout va bien ?

Publié le

Pensive Woman by the Window

Vous avez peut-être déjà remarqué cette tendance : lorsqu'une situation se présente, votre esprit imagine rapidement ce qui pourrait mal se passer. Un proche ne répond pas au téléphone et vous pensez immédiatement qu'il lui est arrivé quelque chose. Une situation professionnelle évolue favorablement, mais vous anticipez déjà les difficultés à venir. Même lorsque tout semble aller bien, une petite voix intérieure vous rappelle que cela pourrait ne pas durer.

Pourquoi notre esprit se tourne-t-il si facilement vers les scénarios les plus négatifs ?

Quand l'imagination devient une source d'inquiétude

Imaginer le pire peut parfois nous donner l'impression de nous préparer à affronter les difficultés. En anticipant les événements négatifs, nous croyons pouvoir éviter d'être surpris, déçus ou pris au dépourvu. Comme si envisager toutes les possibilités nous permettait de garder un certain contrôle sur ce qui pourrait arriver.

Mais cette anticipation a un coût. Nous finissons par vivre des situations qui ne se sont pas produites, à ressentir des émotions liées à des événements qui n'existent encore que dans notre imagination. Notre esprit transforme une possibilité en menace, et notre corps peut réagir comme si le danger était déjà présent.

Comment notre histoire conditionne-t-elle notre manière de penser ?

Notre façon d'appréhender l'avenir ne se construit pas uniquement à partir de ce que nous vivons aujourd'hui. Elle est aussi influencée par notre histoire, notre environnement familial et les expériences qui ont marqué notre développement.

Dès l'enfance, nous apprenons à interpréter ce qui nous entoure. Un enfant qui grandit dans un environnement imprévisible, où les tensions, les réactions ou les changements d'humeur sont difficiles à anticiper, peut développer une vigilance particulière. Il apprend à observer, à décoder les attitudes, à prévoir ce qui pourrait arriver pour se protéger.

De la même manière, lorsque l'inquiétude occupe une place importante dans l'environnement familial, elle peut devenir une façon habituelle d'appréhender la vie. Un parent qui anticipe constamment les dangers, qui imagine les conséquences négatives ou qui transmet ses propres peurs peut, sans le vouloir, contribuer à installer cette manière de penser chez son enfant.

Peu à peu, ces attitudes deviennent des réflexes. L'individu n'a plus nécessairement conscience de ce qui les a construites. Il continue simplement à fonctionner ainsi, même lorsque son environnement a changé et que les circonstances sont devenues plus rassurantes.

À l'âge adulte, cette manière de penser peut se manifester dans de nombreuses situations. Une relation stable peut susciter la crainte d'une rupture, une bonne nouvelle être immédiatement suivie par la peur d'un revers, ou un événement ordinaire devenir une source de préoccupations disproportionnées.

Ce qui a parfois été appris pour se protéger peut alors continuer à fonctionner, même lorsqu'il n'y a plus de danger immédiat.

Et si nous apprenions à ne plus vivre les événements avant qu'ils arrivent ?

Il ne s'agit pas de supprimer toute anticipation ni de se forcer à penser positivement. Il s'agit plutôt de comprendre pourquoi notre esprit fonctionne de cette manière et de faire progressivement la différence entre un danger réel et un scénario que nous construisons.

Lorsque nous imaginons le pire, nous pouvons nous demander : qu'est-ce qui me fait penser que cela va arriver ? Est-ce une réalité ou une possibilité parmi d'autres ? Et surtout, qu'est-ce que cette inquiétude m'empêche de vivre aujourd'hui ?

Dans mon accompagnement thérapeutique, j'invite à explorer ces mécanismes et à comprendre ce qui les entretient. Revenir sur son histoire, identifier les fonctionnements intériorisés au fil du temps et mettre du sens sur ses réactions permet progressivement de prendre de la distance avec ces automatismes.

Il ne s'agit pas d'effacer son histoire, mais de ne plus être condamné à reproduire les mêmes façons de penser et d'appréhender le monde.

A force de vouloir nous préparer au pire, nous risquons de passer à côté de ce qui se passe de bien dans notre vie. Et si nous nous autorisions, parfois, à envisager simplement que les choses puissent bien se passer ?

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